Le mycélium : le champignon ou l’avenir du matériau de construction ?

Le mycélium

Le mycélium a déjà donné lieu à des projets architecturaux prototypiques, permettant d’imaginer l’architecture de demain. Cette architecture qui promeut un habitat biologique tout en offrant des performances isolantes porte déjà un nom : « la mycotecture ». Tout un programme…

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Le mycélium et l’architecture, 30 ans d’histoire…

A la fin des années 80, l’artiste californien Philip Ross avait déjà mis en avant les propriétés structurelles du champignon en créant des sculptures à base de copeaux de bois maintenues entre elles par des champignons. 20 ans plus tard, il a imaginé une collection de meubles selon le même procédé avant de créer la société MycoWorks pour promouvoir ce matériau naturel qui entend créer une petite révolution dans l’univers de l’architecture et du développement durable. Ainsi, en 2009, il dévoile une structure à taille humaine en forme de maison baptisée Mycotectural Alpha dont les blocs sont faits de mycélium. Si selon ce précurseur, la mycotecture, architecture à base de mycélium, est aujourd’hui techniquement suffisamment avancée pour construire des habitations « réelles », il reste encore du chemin avant que n’aboutissent certaines procédures d’homologation concernant l’étanchéité ou la solidité – pour ne citer qu’elles – de cet éco-matériau surprenant.

Un processus de transformation écologique

Mais concrètement, comment est-il possible de transformer le champignon en matériau de construction ? C’est en réalité la partie racinaire du champignon qui est utilisée dans le processus de transformation. Le dense réseau de fibres contenues dans cette racine (le mycélium) reproduit ce qu’il fait dans la nature, à savoir se nourrir de la décomposition des déchets organiques des autres êtres vivants. Mélangés dans un moule à des déchets agricoles, comme des céréales ou bien de la sciure de bois, le mycélium s’alimente de ces déchets à disposition et se développe jusqu’à occuper tout le moule. Au terme de plusieurs jours (4 à 5 en moyenne) laissé à l’incubation dans le noir, on peut alors démouler un objet solide et compact de la forme voulue. Après une phase de séchage puis de cuisson, indispensable pour tuer les micro-organismes présents, le mycélium a ainsi pris la forme d’une brique ou d’un objet (selon le moule) compact, aussi dur que de la pierre et plus solide qu’un parpaing.
De plus, créer des briques en mycélium est un procédé écologique. En effet, les champignons n’ont besoin d’aucun apport en énergie pour ce faire. Donc, ils n’émettent pas de dioxyde de carbone, ni de déchets.  Très rapides à se reproduire, les champignons sont présents en abondance et partout, ce qui en fait une ressource plus renouvelable que le bois, par exemple. De plus, un seul extrait de champignon peut suffire à fabriquer un grand nombre de briques.

Le mycélium, déjà commercialisé aux Etats-Unis

Actuellement, deux sociétés américaines, Ecovative et MycoWorks, commercialisent le mycélium. Pour le moment, cette matière organique permet de fabriquer des emballages biodégradables, des panneaux isolants, des structures de design mobilier et même du cuir biodégradable. Il reste encore à prouver qu’une brique faite de mycélium est assez solide et résistante pour servir à construire un jour des bâtiments écologiques. Deux ingénieurs américains ont néanmoins ouvert la voie à cette utopie en érigeant, en partenariat avec l’entreprise Ecovative, les tours Hy-Fi. Ce projet prototypique d’envergure installé en 2014 dans la cour du MoMa PS1, fondation pour l’art contemporain à New York, a ainsi démontré les qualités de solidité, de flexibilité et d’étanchéité dont peuvent disposer des briques en mycélium. Par ailleurs, Philip Ross, pionnier dans ce domaine, prête des propriétés au mycélium qui en ferait un matériau aussi écologique que performant et innovant ! Coupe-feu comme le béton, flottant sur l’eau comme le bois et souple comme l’acier, les briques de mycélium seraient également aussi isolantes contre le froid et les déperditions de chaleur que le polystyrène, matériau très utilisé aujourd’hui, mais également très polluant…

Structurantes et isolantes, les briques de mycélium sont encore au stade de prototypes mais elles pourraient être utilisées pour construire l’habitat de demain. Elles laissent rêver à une architecture bio grâce à un éco-matériau aux vertus jusqu’ici insoupçonnées. En Occident, le champignon étant culturellement associé à la moisissure et aux mycoses, il faudra aussi probablement combattre des a priori qui ont la vie dure pour démocratiser ce genre de projets qui donne une toute autre dimension au champignon !