Chauffage au bois et écologie, le sujet qui fâche

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En France, 8 millions de foyers ont choisi une solution de chauffage au bois, première source d’énergie renouvelable exploitée en France. Dans 80% des cas, le chauffage au bois est utilisé comme complément à une autre méthode de chauffage. Souvent présenté comme une alternative aux énergies fossiles, le chauffage au bois est aussi plébiscité pour l’intérêt financier qu’il représente.

Un mode de chauffage économique et naturel

bois chauffageContrairement aux énergies fossiles, le bois a l’avantage de proposer un prix qui n’est pas volatile et qui se situe, pour 100kWh, entre 2,6 centimes d’euro et 6 centimes d’euro selon la source de biomasse. Pour le gaz, ce prix avoisine 7 centimes d’euros et 13 centimes d’euros pour l’électricité (source : base de données Pégase). Voilà un argument économique qui a de quoi inciter de plus en plus de Français à choisir le chauffage au bois. Mais qu’en est-il de sa portée écologique ?

 

Pour le savoir, il faut connaître les étapes traversées par le bois jusqu’à sa combustion.

  • Tout d’abord, le séchage : sous l’effet de la chaleur, l’eau remonte à la surface et s’évapore en produisant un peu de chaleur à son tour (chaleur latente).
  • Ensuite, le bois lui-même s’évapore en particules fines (la pyrolyse) si la chaleur n’est pas assez élevée ou bien si les apports d’air sont insuffisants. Cela provoque alors l’apparition d’imbrûlés polluants et de plus de particules.
  • En revanche, quand la température atteinte est suffisante, le bois se transforme progressivement en charbon pour brûler lentement et produire une chaleur importante.

La combustion parfaite d’un bois sec ne rejette que du CO2 et de la vapeur d’eau. Par ailleurs, le bois à l’état naturel, lors de sa décomposition rejette également le CO2 qu’il a emmagasiné tout au long de sa vie.
D’aucuns s’accordent donc à dire que le bois propose un bilan carbone nul, ce qui en fait ainsi une ressource propre. Alors pourquoi l’interdire ?

Le chauffage au bois pointé du doigt durant le pic de pollution…

En effet, fin janvier, pour contrer la pollution persistante à Paris, la préfecture de police de la capitale a pris des mesures d’urgence, parmi lesquelles l’interdiction du « chauffage d’agrément ou d’appoint en Ile-de-France, où 600 000 foyers se chauffent au bois de manière occasionnelle ». Pour autant, ce genre de mesure dans la capitale et alentour n’est pas nouvelle. Depuis 2007, l’utilisation des cheminées à foyer ouvert (soit les cheminées traditionnelles) est interdite en Ile-de-France. Il n’est d’ailleurs pas rare dans les appartements parisiens qu’elles soient condamnées et limitées à un objet décoratif, apportant du cachet… Mais cette mesure autorisait néanmoins le chauffage au bois en tant qu’appoint ou agrément.

En 2015, un feuilleton de plusieurs mois avait remis en cause la tolérance partielle de ce mode de chauffage. D’abord totalement interdit (y compris en appoint ou agrément) dans Paris et son agglomération – 435 communes étaient concernées –  un arrêté faisait marche arrière quelques semaines plus tard (janvier 2015) avant d’être de nouveau annulé puis remis en place. Une mesure drastique pour lutter contre la pollution de l’air parisien qui aura donc fait long feu !

poele a bois, poele a granules de boisMais depuis ce début d’année 2017, il est de nouveau interdit aux Parisiens de profiter de leurs cheminées ou de tout autre mode de chauffage à bois même en appoint ou en agrément. Pourquoi, alors même que ce dernier est considéré comme un mode de chauffage écologique puisque lié à l’utilisation d’une énergie renouvelable ?

 

L’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) l’explique ainsi : « La combustion de bois émet des polluants, particulièrement dans le cas d’appareils anciens, et peut, à certaines périodes et dans certaines zones, contribuer de façon significative à la pollution de l’air ». Ce sont donc les anciennes chaudières à bois, les anciens poêles à bois et les cheminées traditionnelles (à foyer ouvert) qui sont dans le collimateur de cette mesure. Charlotte Songeur, ingénieure de l’Observatoire de l’Air en Ile-de-France dresse ainsi cette comparaison : « Une journée de chauffage au bois avec une cheminée équivaut, en émissions de particules, à environ 3 500 km au volant d’un véhicule particulier diesel » (source : 20 Minutes).

 

Une énergie renouvelable grâce à une filière bien organisée

Mais que les amateurs de feux de cheminée se rassurent : grâce aux progrès techniques, des appareils récents ont vu le jour pour permettre au chauffage au bois de tirer tous les bénéficies d’une énergie renouvelable disposant, de surcroît, d’une filière organisée.

qualité bois

Boostée par les 60 000 emplois qu’elle représente en France (source : ADEME), cette dernière est organisée en différents labels qui permettent de s’assurer que le bois acheté provient d’une forêt à la gestion durable. Parmi ces labels, la NF Bois de Chauffe garantit cette durabilité du bois, en promettant la régénération du cycle du b
ois dans les forêts, qui est ainsi neutre en émissions de carbone ; il consomme autant de CO2 pour sa croissance qu’il n’en rejettera lors de sa combustion (ou en pourrissant à l’état naturel). On estime, par ailleurs, que ses rejets en CO2 sont 5 fois inférieurs aux émissions produites par l’électricité pour une même quantité d’énergie produite, 6 fois inférieurs au gaz et 12 fois inférieurs au fioul ! Il semblerait donc que la controverse quant à la portée écologique de ce mode de chauffage doive surtout à l’ancienneté des appareils majoritairement présents sur le marché français…

 

Les appareils nouvelle génération : la solution ?

En effet, à l’heure actuelle, le chauffage au bois serait responsable d’environ 39% des particules fines de l’air et de 30% des émissions de monoxyde de carbone. Pourtant, l’ADEME l’assure : « le bois doit fortement contribuer aux objectifs climatiques et énergétiques du pays, avec, comme ambition, de porter à 9 millions le nombre de logements chauffés au bois d’ici à 2020 ».

Vous avez dit paradoxe ? Pas vraiment. Près de la moitié des utilisateurs de ce mode de chauffage dispose en effet d’un appareil ancien, âgé de plus de 10 ans ou bien d’un foyer ouvert non performant, responsables de l’émission de ces fameuses particules… C’est pourquoi l’ADEME, en collaboration avec les fabricants d’appareils de chauffage au bois domestique a mis en place le label Flamme Verte au début des années 2000. Selon l’agence, le calcul est simple : un foyer ouvert dispose seulement d’un rendement de 10% et rejette ainsi 97 kg/an de particules, alors qu’un foyer récent (labellisé Flamme Verte 5 étoiles) n’en rejettera que 3 kg/an pour un rendement de 80%, soit 8 fois supérieur ! Pour encourager l’acquisition de ces nouveaux appareils performants et limiter ainsi les risques de pollution avec ce mode de chauffage, l’Etat a mis en place des mesures incitatives, rendant éligible l’achat de ces nouveaux appareils au CITE (crédit d’impôt sur la transition énergétique). Le renouvellement du parc ancien permettrait, selon l’Ademe, la nette amélioration du phénomène actuel connu notamment sur la région parisienne en impactant positivement la qualité de l’air. En outre, pour bien chauffer avec ce type d’appareil, l’humidité du bois choisi est un facteur de vigilance déterminant, souvent méconnu par les consommateurs. Un bois humide produit moins de chaleur, encrasse les appareils et émet ainsi plus de polluants. Idéalement l’humidité à ne pas dépasser est de l’ordre de 25%.

En clair, l’utilisation d’un bois labellisé, assurant une gestion durable des forêts et si possible provenant d’un circuit proche de chez soi (pour limiter ainsi les pollutions liées au transport) est une condition primordiale pour s’assurer d’utiliser une énergie renouvelable. Par ailleurs, si le prix à l’achat d’une chaudière ou d’un poêle à bois peut rebuter, disposer d’un appareil récent est la condition sine qua non pour limiter l’impact environnemental du chauffage au bois. De plus, en acquérant une chaudière ou un poêle à bois nouvelle génération (à granulés ou à bûches) vous aurez accès au CITE à 30%. En optant pour un appareil performant, la pollution par particules fines de l’air intérieur pourrait ainsi être divisée par 10 et permettre aux Français de continuer à profiter d’un chocolat chaud et d’un bon livre au coin du feu… même dans les zones les plus sujettes à la pollution atmosphérique !