Toitures : à chaque région sa tuile !

toiture et tuile rouge

Riche de la diversité de ses régions, la France offre des paysages variés liés à des particularités architecturales. A commencer par les toits des bâtiments qui arborent des revêtements aux formes et couleurs différentes. Si la tuile en terre cuite est la plus répandue dans l’Hexagone, chaque région se différencie avec des toitures qui reflètent ses traditions…

Le Nord : tuiles authentiques et couleurs vives

Le Nord et la Picardie, désormais réunis sous l’appellation Hauts de France, disposent de sols argileux. C’est pourquoi la tuile faite en terre cuite marque profondément leurs paysages. 80% des toitures du nord de la France sont faites de cette matière. L’aspect très artisanal des tuiles en terre cuite qui dominent le paysage et leur rugosité leur donnent un aspect particulier, qui confère aux toits une authenticité propre à cette région. Historiquement, les tuiles utilisées dans le Nord réveillent les toitures de leurs teintes vives, variant du rouge sombre à l’amarante (un rouge bordeaux velouté).

En termes de formes, si la tuile plate prédomine à l’ouest de la Picardie, pour le reste, ce sont les tuiles à emboîtement petit moule (d’une densité de 15 à 22 tuiles au m2) qui sont aujourd’hui majoritaires. Depuis le XIXe siècle, elles ont détrôné la panne flamande apparue dans le Nord au XVe siècle. Encore présente sur certaines toitures de Flandres et de l’Artois, la panne flamande est la plus ancienne tuile de la région et se caractérise par une forme en S et un côté convexe.

En Ile-de-France et Centre : une grande variété de toitures

Matériau urbain par excellence, le zinc caractérise les toitures parisiennes. Souvent associé à une esthétique haussmannienne, le zinc a forgé le paysage de Paris. Pré-patiné, gris, anthracite ou naturel, il est façonné sur le toit en longues feuilles. Autour de Paris et dans le Centre, les tuiles plates traditionnelles et les ardoises se disputent le paysage. Dans les zones urbanisées, les tuiles à emboîtement petit moule ou grand moule (d’une densité inférieure à 15 tuiles au m2) couvrent les maisons meulières depuis le début du siècle dernier.

En campagne, les tuiles plates traditionnelles arborent des argiles d’un rouge profond dans la Vallée de Chevreuse, ocre et brun vieilli dans le Vexin, tandis que les tons blancs dominent dans la Vallée de la Seine. Mais les tuiles à emboîtement d’aspect plat gagnent du terrain, dans la Brie et la Beauce, arborant des coloris plus contemporains (noirs ou ardoisés).

En Normandie et Bretagne : tuiles en terre cuite et ardoise

La Normandie, réputée pour ses maisons en colombage, est une région dont les premières traces de tuileries remonteraient au XIe siècle ! Traditionnellement moulées à la main et cuites au feu de bois et ce, jusqu’à la fin du XIXe siècle, elles arboraient des teintes roses pâles dans le Pays d’Auge, rouges ou brunes dans le Perche ou dans la plaine de Caen.  Depuis l’avènement des tuileries industrielles au XIXe siècle, l’apparence des toitures s’est modifiée avec l’arrivée de tuiles mécaniques à emboîtement. Les tuiles les plus employées sont désormais rectangulaires et  se parent de teintes roses, ocre et orangées, allant parfois jusqu’au brun et au cendré. On trouve même des toitures qui exposent des mélanges de tuiles dans un effet patchwork réussi.

La proximité de la Normandie avec la Bretagne et la région du Mans a également permis le développement de tuiles en ardoise. En effet, l’ardoise s’est particulièrement répandue dans les régions au bassin schisteux. Ainsi, les toitures en ardoise (et à forte pente) sont une des caractéristiques de la Bretagne. On y trouve une grande variété d’ardoises en termes d’aspects (lisses, à relief…) et de coloris. Ce matériau local est aussi associé aux maisons de maîtres et aux châteaux dont cette région ne manque pas…

Dans l’Ouest, la tuile plate prédomine

Au nord de Poitiers, les vastes toitures de tuiles plates dites de type berrichon sont légion. Les teintes évoluent du rose au brun-rouge ; elles doivent leurs couleurs à la terre utilisée localement. Partout ailleurs, la tuile canal, tuile traditionnelle en terre cuite, aussi appelée tuile ronde, et la tuile à emboîtement fortement galbée règnent sur les toits, aussi bien à la ville qu’à la campagne. En Poitou, la tuile canal provient des anciennes tuileries autrefois très présentes localement, tandis qu’en Vendée et en Charente-Maritime, les toitures sont relativement plates et couvertes de tuiles romaines, cousines de la tuile canal, parfois anciennes.

Le Sud-Ouest, les teintes chaudes sont à l’honneur

Dans cette région, les trois-quarts des toitures sont composés de tuiles en terre cuite, qui sont majoritairement des tuiles canal traditionnelles où dominent les teintes rouges issues de la terre cuite toulousaine, qui porte bien son nom de Ville Rose. Dans la région bordelaise, la tuile canal est également très implantée mais la tuile à emboîtement fortement galbée a également imprimé sa marque, même si le caractère de cet ancien fief romain est resté intact. Les teintes chaudes à base de brun et de rouge, mais également les teintes crème et paille façonnent le paysage.

En Auvergne et Rhône-Alpes : des toitures diversifiées

En Auvergne, la tradition des toits en lauze (roche plate volcanique) perdure sur les bâtiments anciens, mais la tuile plate est désormais privilégiée dans une grande partie du nord de l’Auvergne. En basse Auvergne, en revanche, la tuile canal a le monopole.

En région Rhône-Alpes, les grandes villes ont leurs particularités. A Lyon, l’architecture évolue de plus en plus en faveur des toitures aux tuiles courbes. Les tuiles canal ou fortement galbées, importées par les Romains, impriment le paysage de leur teintes dérivées du rouge. A Annecy, les tuiles plates sont de mise ; si les tuiles en forme d’écaille sont majoritaires, on peut aussi trouver des toitures en ardoise.

Les tonalités rouge, rouge foncé et brunes dominent. Enfin, à Grenoble, les tuiles fortement galbées se sont effacées au profit des tuiles plates ou à emboîtement faiblement galbées. Ces dernières se sont développées à la fin des années 70 ; elles permettent de s’adapter au climat de la région, qui peut être rude avec des chutes de neige importantes…

Le Sud-Est, patrie de la tuile canal

La tuile canal, tuile traditionnelle, est emblématique du sud de la France d’où elle est originaire. Elle s’est implantée dans le pourtour méditerranéen : on la retrouve largement dans les régions PACA, Languedoc-Roussillon et en Corse où elle arbore de jolies teintes ocre et roses. Pour autant, chaque ville conserve sa personnalité. A Montpellier, par exemple, les tuiles adoptent des teintes orangées et rosées. A Perpignan, la tuile à emboîtement grand moule gagne aussi du terrain dans les tons ocre, roses et rouges. A Marseille et à Nice, la tuile canal est parfois alliée à des tuiles grand moule à emboîtement.

A l’Est : une grande diversité

Les terres de l’Est sont, comme les terres du nord, argileuses. Région tuilière historiquement importante, l’Est compte, de ce fait, une grande majorité de toitures en terre cuite mais il en existe une grande diversité de styles.

La tuile canal et à grand moule fortement galbée résistent mais la plupart des toitures de l’Est arborent aujourd’hui des tuiles plates et, plus récemment, la tuile à emboîtement grand moule s’est démocratisée. Ces deux types de tuiles sont parfaitement adaptés aux pentes assez fortes qui favorisent  l’écoulement des eaux de pluies.

En Bourgogne, certains toits peuvent se parer de multiples teintes, à l’image des toitures d’antan sur lesquelles on ajoutait les tuiles au fur et à mesure de la rénovation, variant du rouge-brun à l’orange. Une des particularités des toitures bourguignonnes est la tuile vernissée multicolore qui fait figure d’ornement sur certains monuments (tels que les Hospices de Beaune) et sur les grandes maisons bourgeoises.

En Franche-Comté, la majorité des tuiles sont maintenant plates, affichant des tons sombres qui contrastent généralement avec des façades aux enduits beiges, sablés et ocre.

En Alsace, les tuiles plates dites à écailles ou queue de castor – Biberschwärtz, en Alsacien – affichent des teintes allant du brun sombre au rouge orangé, en passant par des tons moins traditionnels comme le vert ou le bleu émaillés. En Lorraine, la tuile mécanique rouge foncé est de plus en plus prisée et coexiste auprès des tuiles romaines et canal, dans certaines localités.

Un vaste de choix de revêtements existe pour la toiture d’une maison. Avant toute chose, vérifiez les normes en vigueur selon votre municipalité. Certains revêtements peuvent en effet être proscrits. Si les tuiles restent plébiscitées en France, leurs formes sont nombreuses et chaque région affiche ses particularités, tradition oblige !